Les affaires judiciaires








L'affaire Calas

Le 14 Octobre 1761, Marc-Antoine Calas, fils d'un commerçant protestant de Toulouse est retrouvé pendu dans le magasin de son père. On ne sait pas alors s'il a été tué ou s'il s'est suicidé, cependant l'opinion publique affirme que Marc-Antoine Calas aurait été tué par son père car il aurait voulu se convertir au catholicisme. De plus, le capitoul chargé de l'enquête, David de Beaudrigue, néglige son travail. Le 9 Mars, le parlement de Toulouse devant lequel l'affaire avait été portée et les Calas avaient fait appel, reconnaît Jean Calas coupable de parricide, et le lendemain il meurt sur la roue en clamant son innocence. Voltaire, qui croyait tout d'abord à la culpabilité des Calas et à un excès de fanatisme huguenot, modifiera son opinion. Le 21 Juin il sera persuadé de leur innocence.
On enleva les filles Calas à leur mère pour les mettre au couvent, banni un de ses fils (Pierre Calas), tué son mari après qu'un autre de ses fils se soit pendu. Celle-ci voulut venger la mémoire de son mari et vint à Paris où "la raison l'emporte sur le fanatisme" selon Voltaire. M. de Beaumont, un célèbre avocat, prit sa défense, MM.Loiseau et Mariette se joinrent à lui et oeuvrèrent pour réhabiliter Jean Calas. Ces trois avocats auxquels se joint Voltaire réussirent à rallier à leur cause l'opinion publique de Paris et de toute l'Europe et réclamèrent justice pour cette femme à qui il ne restait rien. Le 7 Mars 1763, le conseil d'état rassemblé à Versailles accepte de réviser le procès avec l'appui du Roi. Il fallut attendre deux années encore, deux années de formalités dues au procès. Ainsi le 9 Mars 1765 l'innocence triomphadu fanatisme grâce à la raison, aux oeuvres des avocats et celle de Voltaire. La mémoire du père fut réhabilitée. De plus, les maîtres des requêtes écrirent au Roi pour le supplier de faire un don pour la famille Calas; il fit délivrer trente-six mille livres à la famille Calas. Ainsi avec l'aide de Voltaire dont il sera question plus tard, justice fut rendue et la raison l'emporta sur le fanatisme, notemment grâce au Traité sur la tolérance, écrit à l'occasion de la mort de Jean Calas qui remporta un vif succès malgré son interdiction.



L'affaire Sirven

L’affaire Sirven est considérée comme étant la réplique de l’affaire Calas à la différence que dans cette nouvelle affaire de justice il s’agit de la fille de l’accusé et non du fils. A l’approche de leur procès, les Sirven partent à Ferney afin de rencontrer Voltaire qui portera une grande attention à cette affaire. En voici l’histoire :

Décembre 1761, la famille Sirven apprend la disparition de leur petite fille qui est handicapée mentale. Plusieurs semaines ont passées et la fillette n’a toujours pas été retrouvée. Mais le 3 janvier 1762, alors que des enfants jouaient près d’un puits, ils y retrouvent le corps de la fillette . Quelques jours après la découverte du corps les Sirven sont accusés du meurtre de leur enfant. Mais les Sirven se sont échappés à temps afin de retrouver Voltaire dans sa propriété car ils avaient entendus parler de lui à travers l’affaire Calas. Ils sont condamnés à la pendaison et ils leur effigie sera brûlée après le jugement rendu le 29 Mars 1763.Apprenant ce qui est en train de se passer Voltaire s'indigne d'une telle iniquité, il fera part de cela à Damilaville:

« Rien n’est plus clair : leur innocence est plus palpable que celle des Calas.[…]Que d’horreurs, juste ciel ! On enlève la fille à son père, on la met en sang pour la faire catholique, elle se jette dans le puit, et son père , sa mère et ses sœurs sont condamnés au dernier supplice ! On est honteux, et on gémit d’être un homme quand on voit que d’un côté on joue l’opéra-comique, et que de l’autre le fanatisme arme les bourreaux » (23 Mars 1765).

Continuant son combat dans cette nouvelle affaire, Voltaire lance une « campagne de presse ». Avec cela il souhaite que les suffrages du public influenceront sur le Conseil du roi. En effet, avec cette campagne Voltaire alerte Damilaville, son relais parisien et bien d’autres personnes. Or l’appel présenté au Conseil du roi en 1766 fut rejeté. Il aura fallut patienter 5 ans avant qu’un nouveau parlement s’installe à Toulouse pour qu’un Chancelier du nom de Maupeou, déclare la famille Sirven « non coupable »



L'affaire Lally-Tollendal

L’affaire se déroula du temps où les Indes étaient une colonie britannique et où Pondichéry appartenait aux Français.

Thomas Arthur Lally, général des armées françaises dans l’Inde pendant la Guerre de Sept Ans, se voit accusé de la défaite des Français en Inde contre les Anglais. C’est en 1761 que le comte de Lally, devenu pourtant un héros depuis la bataille de Fontenoy en 1745, capitule à Pondichéry. A la suite de cela, il sert de bouc émissaire à la France. Il fut donc incriminé de haute trahison pour avoir soi-disant soutenu les Stuarts (une ancienne dynastie écossaise) à la prétention au trône d’Angleterre, cette trahison fut expliquée par le fait que Lally-Tollendal soit irlandais. Ainsi, le général des armées françaises fut rendu responsable de la chute de Pondichéry, qui était le chef-lieu des Etablissements français en Inde, des mauvaises conditions de paix imposée par les Anglais et de la perte de ses colonies en Inde pour la France.

En réalité, c’est le gouvernement français qui n’a pas su secourir l’Inde. Mais le comte Lally fait la parfaite victime car il a mauvaise réputation, il est caractérisé de « fou, étourdi, chimérique, absurde, violent, intéressé, fougueux et brutal ». Et cette réputation, ajoutée à sa haute trahison, ne cesse de lui faire de nouveaux ennemis. De ce fait, Lally-Tollendal est emprisonné à la Bastille et il fut exécuté en 1766.
Deux années plus tard, en 1768, Voltaire prit la défense du comte de Lally dans le Précis du siècle de Louis XV et caractérisa cette exécution d' injustice criante dans maintes lettres de sa correspondance.

Mais c’est surtout grâce à l’initiative de Trophime Gérard de Lally-Tollendal, le fils illégitime de Lally-Tollendal, en avril 1773, que l’affaire prend un nouveau tournant. Il demanda l’aide de Voltaire afin de faire casser l’arrêt de 1766. De ce fait, Voltaire se lance dans la rédaction des Fragments sur l’Inde avec un enthousiasme étonnant, ceci s’explique par son envie de s’en prendre encore à la justice française dans ses erreurs. Sa critique repose sur le fait que les procès soient secrets, et les jugements vagues et que la création d’un code de lois pour préciser les délits inexistants soit nécessaire.

Ainsi, vers la fin du mois de juillet 1773, la première version des Fragments sur l’Inde est publiée, et elle contient vingt articles. Tous ces articles visent à redresser l’injustice de l’exécution de Lally-Tollendal et des injustices en général. Une seconde édition, imprimée en décembre 1773 et distribuée en janvier 1774, et qui augmenta le texte de seize nouveaux articles, cette fois-ci sur l’histoire et la culture indienne. Puis une nouvelle édition, en 1774, permet à Voltaire d’y ajouter de longs passages dans certains articles.
Enfin, en 1775, des légers changements se font et surtout des notes s’y joignent. Mais, de 1784 à 1789, une autre version de ce texte est écrite par Kehl dans les Œuvres Complètes. Dans cet écrit, des remaniements se font à l’encontre de Voltaire sur l’affaire Lally, où il semblerait qu’il aurait commis des erreurs. Et c’est Concordet qui s’autorise ces modifications car il a participé personnellement, durant la révision du procès à l’affaire Lally.

Tout ceci pour dire que de nombreuses personnes se mobilisèrent en faveur du comte de Lally, et notamment Voltaire. Cependant, ce dernier ne fut pas tout à fait honnête, surtout envers Trophime, le fils illégitime de Lally-Tollendal. En effet, Voltaire ne voyait l’affaire Lally que dans sa situation générale, c’est-à-dire dans son contexte historique de colonie franco-britannique et de justice française. Par conséquent, Trophime rompit discrètement son partenariat avec Voltaire en 1774.

En conclusion, il faudra 12 ans pour obtenir la cassation de l’arrêt du Parlement par le Conseil du Roi. Ainsi, c’est en 1778, que Voltaire déclara quatre jours avant sa mort, dans une lettre devenue célèbre : « le mourant ressuscite en apprenant cette grande nouvelle ; il embrasse bien tendrement M.de Lally, il voit que le roi est le défenseur de la justice ; il mourra content. »

Lally fut exécuté par le glaive de la justice mais ne fut coupable que de son mauvais caractère et d’une cabale menée contre lui.